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À la recherche des ports perdus de Narbonne

Vue générale du site de Saint-Martin-le-Bas à Gruissan, avec le site archéologique au premier plan, l’étang de l’Ayrolle au second plan, et le grau de la Vieille Nouvelle à l’arrière-plan. © Philippe Benois
Vue générale du site de Saint-Martin-le-Bas à Gruissan, avec le site archéologique au premier plan, l’étang de l’Ayrolle au second plan, et le grau de la Vieille Nouvelle à l’arrière-plan. © Philippe Benois

Aujourd’hui loin de la mer, Narbonne fut pourtant dans l’Antiquité l’un des plus grands ports de Méditerranée. C’est ce que nous présente la nouvelle exposition du musée Narbo Via : au fil de 150 objets, elle montre comment, pendant près de six siècles, Narbo Martius joua un rôle de pivot dans la prospérité et le rayonnement de la province de Narbonnaise. Une exposition labellisée d’intérêt national qui plaira à toute la famille.

Le paysage actuel est trompeur : là où aujourd’hui s’étendent des hectares de vignes, il faut se figurer dans l’Antiquité un vaste espace immergé. Située au fond de cette lagune, Narbonne bénéficiait de nombreux avant-ports. Ainsi à Gruissan, sur le site de Saint-Martin-le-Bas, s’élevait un phare ; non loin, fourmillait une activité douanière et administrative dans des bâtiments récemment mis au jour (qui feront bientôt l’objet d’une mise en valeur). À Port-la-Nautique, ce sont des quais, des vastes entrepôts à dolia et une grande villa maritime qui ont dévoilé la richesse des lieux, avant que Castélou-Mandirac ne prenne le relai pour le déchargement de marchandises en tout genre (verre, étain, céramique, vin, huiles, minerais, céréales, peaux, voire des esclaves) ensuite embarqués sur l’Aude (l’Atax antique) en direction de Narbo Martius et de la voie Domitienne. Depuis l’Antiquité, en effet, le transport maritime reste le moins cher et le plus efficace pour les lourdes charges.

À la recherche des ports perdus

C’est ce que nous raconte cette exposition. Une gageure d’autant plus difficile que la ville de Narbonne, surnommée la « fille aînée de Rome » et capitale très peuplée de la première province romaine en Gaule dès 118 avant notre ère, ne livre quasi plus rien de son passé antique. Son port urbain en particulier, qui a servi pendant des siècles à la redistribution de produits d’Italie aux îles britanniques, de la Grèce à l’Espagne, est longtemps resté méconnu. Composé sous la houlette de Corinne Sanchez, archéologue et directrice de recherche au CNRS, le parcours s’appuie sur les fouilles menées par un programme collectif de recherche lancé en 2005 sur les ports antiques, en coopération avec le Drassm (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines).

La « bergère d’azur » des Narbonnais

Au fil de cinq sections thématiques, il nous plonge dans ces paysages et ce contexte portuaire, grâce aux vestiges archéologiques, aux restitutions graphiques, aux maquettes de bateaux (qui sont jusqu’à l’époque médiévale dotés de deux gouvernails latéraux), à des éléments à manipuler (pour comprendre, par exemple, le système de voilure), aux jarres dont il faut sentir le contenu (dont de la poix qui devait « parfumer » les quais !), à une mélodie de conque à écouter (pour des marins signalant ainsi leur position de nuit ?), à des cartes interactives, à des objets appartenant à des mesureurs, négociants, armateurs, charpentiers ou autres aubergistes relatant la vie à bord ou sur les quais, à des vidéos ou des carnets à feuilleter sur les fouilles d’épaves. Ici tout concourt non seulement à rendre accessible le travail des archéologues dans leurs diverses spécialités mais à faire de la mer, cette « bergère d’azur », une actrice de premier plan de l’histoire des Narbonnais.

Éléonore Fournié


« Escale en Méditerranée romaine. Les ports antiques de Narbonne »
Jusqu’au 5 janvier 2025 au musée Narbo Via
2 avenue André Mècle, 11100 Narbonne
Tél. 04 68 90 28 90
www.narbovia.fr

Catalogue, co-éditions Errance & Picard/Actes Sud, 221 p., 29 €.


Mexica. Des dons et des dieux au Templo Mayor

Cet ouvrage met en avant, pour la première fois, la civilisation Mexica, longtemps confondue avec celle des Aztèques. L’exposition du musée du quai Branly – Jacques Chirac, dont ce livre constitue le catalogue officiel, fait suite aux fouilles menées pendant plus de 40 ans au Templo Mayor de Tenochtitlan […].

Pour acheter le catalogue,

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