L’art autrement : regards choisis sur l’art.

 

Le cristal de roche à Cluny : découvrez notre sélection de trésors

Croix discoïdale (détail), Hildesheim, vers 1140. Cuivre, cristal de roche, pierres précieuses, perles et verre, 525 x 41 cm. Hildesheim, Dommuseum. Photo service de presse. © Dommuseum Hildesheim, photo : Florian Monheim
Croix discoïdale, Hildesheim, vers 1140. Cuivre, cristal de roche, pierres précieuses, perles et verre, 525 x 41 cm. Hildesheim, Dommuseum. Photo service de presse. © Dommuseum Hildesheim, photo : Florian Monheim

Merveille de la nature se nichant dans les profondeurs des grottes et les failles des montagnes, le cristal de roche fascine. Sa transparence parfaite et ses facettes diffractant la lumière en font un matériau recherché dès la Préhistoire. Associée à la pureté et au divin, symbole de pouvoir ou de sagesse, cette pierre dure a représenté, en raison de la difficulté de sa taille et de son polissage, un défi pour les sculpteurs. Si l’époque médiévale constitue pour ce minerai de prestige une période particulièrement féconde, son attrait n’a connu de limites ni chronologiques ni géographiques, ainsi que le démontre le musée national du Moyen Âge à travers une exposition d’une somptuosité rare et d’une clarté limpide.

Pierre des prélats et des princes

Souvent utilisé pour les objets de la liturgie, le quartz n’était pas pour autant absent du monde profane. Censé guérir et protéger du poison, ce matériau était apprécié des prélats comme des princes. Il ornait les sceptres et les sièges d’apparat, ainsi qu’en témoignent ces deux têtes de lion dont l’intérieur, évidé, était conçu pour s’emboîter sur les accoudoirs ou les montants d’un meuble somptuaire – probablement un trône royal, le lion symbolisant le pouvoir et la majesté. Magnifiquement taillée, et très expressive, cette paire de félins montrant les crocs constitue l’un des chefs-d’œuvre du musée de Cluny.

Têtes de lion, Rome, Trèves ou Constantinople (?), IVe-Ve siècle (?). Cristal de roche, 12 x 9 x 10 cm et 12,5 x 8,3 x 9,8 cm. Paris, musée de Cluny – musée national du Moyen Âge. Photo service de presse. © RMN-Grand Palais (musée de Cluny – musée national du Moyen Âge) / Jean-Gilles Berizzi
Têtes de lion, Rome, Trèves ou Constantinople (?), IVe-Ve siècle (?). Cristal de roche, 12 x 9 x 10 cm et 12,5 x 8,3 x 9,8 cm. Paris, musée de Cluny – musée national du Moyen Âge. Photo service de presse. © RMN-Grand Palais (musée de Cluny – musée national du Moyen Âge) / Jean-Gilles Berizzi

Lumière divine

Ce disque dans lequel s’inscrit une croix fait partie du trésor de la cathédrale d’Hildesheim, au nord de l’Allemagne. Le métal ajouré souligne et rehausse la transparence des cristaux de roche. Doté d’une tige, l’objet était probablement posé sur le maître-autel de la cathédrale, et il faut l’imaginer réfléchissant les rayons du soleil qui pénétraient à travers les verrières de l’édifice, tel un capteur de puissance céleste.

Croix discoïdale, Hildesheim, vers 1140. Cuivre, cristal de roche, pierres précieuses, perles et verre, 525 x 41 cm. Hildesheim, Dommuseum. Photo service de presse. © Dommuseum Hildesheim, photo : Florian Monheim
Croix discoïdale, Hildesheim, vers 1140. Cuivre, cristal de roche, pierres précieuses, perles et verre, 525 x 41 cm. Hildesheim, Dommuseum. Photo service de presse. © Dommuseum Hildesheim, photo : Florian Monheim

Effet « loupe » pour les reliques

Au Moyen Âge, le cristal de roche est partout : sur les croix, les auréoles de Marie ou des saints, les crosses des évêques. Sa pureté et sa luminosité confèrent aux objets liturgiques une aura mystique. Ce quartz était tout particulièrement prisé dans les reliquaires, car ses propriétés optiques permettaient de sublimer les reliques et d’en offrir aux fidèles une vision grossissante. Ici, une monture somptuaire, attribuée à des orfèvres du Nord de la France, vient enchâsser une pyxide en cristal provenant du monde islamique.

Coffret, Égypte, vers 1000 (pyxide) et Nord de la France, vers 1200 (monture). Cristal de roche, argent doré, saphir, émeraude, rubis, autres gemmes et perles, 11,3 x 14,8 x 9,7 cm. Provenance : trésor de la cathédrale de Moûtiers-en-Tarentaise. Paris, musée de Cluny – musée national du Moyen Âge. Photo service de presse. © RMN- Grand Palais (musée de Cluny – musée national du Moyen Âge) / Michel Urtado

Clair comme de l’eau de roche

Façonné dans un bloc de cristal d’une limpidité exceptionnelle, il avait tout pour plaire, et pourtant… Ce crâne soi-disant aztèque, entré en 1878 au musée d’Ethnographie du Trocadéro (ancêtre du musée de l’Homme), puis tombé dans l’escarcelle du musée du quai Branly, était un faux ! Le pot aux roses est découvert à partir des années 1990, après une série d’analyses lancées par les musées (dont le British Museum de Londres) en possession de ces fameux crânes de cristal. Le fautif ? Eugène Boban, un antiquaire du Second Empire qui tint longtemps boutique à Mexico. Mi-aventurier, mi-escroc, il passa commande de ces sculptures à Idar-Oberstein, un très vieux centre lapidaire du Sud de l’Allemagne. Une affaire crânement menée.

Crâne, XIXe siècle. Cristal de roche, 11,3 x 10,9 x 15 cm. Paris, musée du quai Branly – Jacques Chirac. Photo service de presse. © Musée du quai Branly – Jacques Chirac, Dist. RMN-Grand Palais / Patrick Gries / Valérie Torre
Crâne, XIXe siècle. Cristal de roche, 11,3 x 10,9 x 15 cm. Paris, musée du quai Branly – Jacques Chirac. Photo service de presse. © Musée du quai Branly – Jacques Chirac, Dist. RMN-Grand Palais / Patrick Gries / Valérie Torre

Eva Bensard


« Voyage dans le cristal »
Jusqu’au 14 janvier 2024 au musée de Cluny – musée national du Moyen Âge
28 rue Du Sommerard, 75005 Paris.
Tél. 01 53 73 78 00
www.musee-moyenage.fr

Catalogue, RMN-Grand Palais, 288 p., 45 €.

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